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A la tombée de la nuit, tous les soirs d’automne entre la mi-septembre et la mi-octobre, on peut entendre dans les collines d’Ariège les appels des grands cerfs mâles. Ils appellent au combat les autres mâles adultes présents sur le territoire. Chaque année, une sorte de tournoi désignera le vainqueur, le mâle dominant qui restera le Roi de la Harde jusqu’à l’automne suivant où le titre sera remis en jeu.
Les bruits des mâles qui mugissent, qui grognent, qui grattent le sol et qui se jettent tête contre tête, est appelé en français le « brame » et en anglais le « rutt ».
Assister au brame est quelque chose d’extraordinaire. On peut non seulement l’écouter mais parfois l’observer sans déranger les cerfs. La première fois que j’ai entendu le brame, l’année dernière, ça a commencé par un mâle qui poussait un cri ressemblant à un aboiement ou un braiement, un son très guttural, dans le lointain. Ce cri s’est rapproché de plus en plus jusqu’à ce qu’il ne soit plus distant que d’une petite centaine de mètres. Au bout d’un moment, un autre mâle a commencé à lancer son appel. De temps à autre, on apercevait deux biches ou une biche accompagnée de son petit de l’année. Les mâles produisaient tous le même type de cri, mais à une hauteur légèrement différente. Au bout d’un moment, quatre mâles se sont mis à arpenter le sol, à le frapper du sabot, à mugir et à grogner. Tout d’abord, on aurait dit une vraie cacophonie puis, tout d’un coup, ce que j’entendais se mit à ressembler à un opéra. On sait que, dans beaucoup d’opéras, plusieurs interprètes chantent tous le même air à différentes hauteurs mélodiques et parfois pas dans le même temps, ou bien chantent différentes versions d’un même thème mélodique pour parfois se rejoindre temporairement dans une harmonie avant de poursuivre la réalisation, différente mais similaire, du même thème qui devient familier à force d’être répété. Voilà l’impression que me fit l’écoute du brame des cerfs. La nuit était complètement tombée pendant ce temps et, à l’œil nu, on ne pouvait plus voir les animaux, tout juste les deviner. Mais on aurait pu les observer avec des jumelles à infra-rouge ou bien, avec les phares des voitures au moment du départ. Un cerf était visiblement plus âgé que les autres, possesseur d’une très belle paire de bois. Un deuxième cerf était plus petit. Je ne les ai pas vu les autres animaux, mais je pouvais très bien les entendre à quelques mètres. Et on pouvait sentir les vibrations du sol labouré, frappé, martelé par les cerfs.
Je me suis sentie réellement privilégiée d’avoir pu assister à cet événement. Il y avait quelque chose de très primitif dans ce que je venais de voir. J’étais consciente que ce rituel se perpétuait, année après année, siècle après siècle. Le rut fait partie des comportements qui ne semblent pas avoir changé avec le temps, un peu comme les fourmis ne se sont certainement pas améliorés durant les derniers millénaires. Le rut est efficace. Je pensais que ce rituel se déroulait dans les montagnes depuis bien longtemps avant que les êtres humains ne comprennent de quoi il s’agissait.
Cet évènement est totalement en accord avec le paysage, il n’est modelé par rien d’autre que par l’instinct naturel des cerfs. Leur façon de procréer est adaptée à leur espèce. Les mâles qui perdent peuvent, soit accepter leur défaite et continuer à vivre dans la même région, s’ils sont relativement immatures, à condition qu’ils ne s’accouplent pas avec les femelles, soit partir « suivre leur propre chemin » et fonder une nouvelle harde. Ce n’est que de cette façon que, dans chaque harde, un seul cerf dominant peut tolérer de nombreux mâles.
Dans le passé, les contreforts des Pyrénées n’abritaient pas un nombre suffisant de mâles pour entraîner des combats, mais une bonne gestion de la chasse a amené une augmentation importante tant des cerfs mâles que des biches. Cette augmentation de la population de cerfs dans le piémont a entraîné l’arrivée de mâles dominants venus de la haute montagne et cherchant de nouvelles zones à contrôler. C’est ainsi que, dans cette région, où les spécialistes de la chasse avaient autrefois affirmé qu’il n’y aurait jamais de rut dans telle ou telle vallée parce qu’il n’y avait pas un nombre suffisant de mâles pour que des combats soient nécessaires, les choses changent. On peut même prévoir qu’il y aura des ruts dans les collines autour d’Engraviès et j’espère vraiment que cela arrivera de mon vivant !
Comme dans les collines près de chez moi, il y a beaucoup de cerfs mais pas de mâles adultes susceptibles de combattre, il faut faire un trajet de 30 minutes en voiture pour pouvoir observer en direct le rut.
Je serais très heureuse d’organiser une sortie pour vous. Cette proposition s’adresse vraiment à tout le monde. En effet, vous n’avez pas besoin d’être en très grande forme parce que le trajet s’effectue en voiture et que vous n’aurez pas besoin de vous éloigner beaucoup du véhicule pour entendre les cervidés. Il faut simplement être au bon endroit au bon moment. Et vous n’aurez besoin que d’un peu de patience pour être largement récompensé : j’ai personnellement trouvé l’expérience extraordinaire. J’espère que vous partagerez mon avis !
